Cet art martial se base sur la formation du corps par opposition à des « catalogues » de techniques.
L’objectif est donc d’enseigner une « forme de corps » et des principes de mouvement plutôt que des listes interminables de clés et de frappes. La courbe d’apprentissage est certes plus longue, mais le résultat beaucoup plus fiable.
Nous rejetons toute prétention philosophique ou spiritualisante liée à l’enseignement des arts martiaux. Savoir casser un os d’un coup de coude bien placé n’implique en rien une sagesse supérieure.
Par ailleurs, nous considérons que les longues considérations théoriques voire mystiques dans le cadre du Taijiquan ne sont souvent qu’un moyen bien pratique pour éviter le sujet de la compétence concrète.
Nous validons en revanche la notion de bénéfices thérapeutiques de la pratique du Taijiquan. Nous soulignons néanmoins que ces bénéfices thérapeutiques découlent secondairement de la pratique martiale.
L’efficacité martiale doit être la préoccupation principale, la santé en découlant naturellement.
Il existe une continuité entre art du soin et art du combat. Mais la convergence entre ces deux domaines devrait apparaître au fil de la pratique et de soi-même, pas être théorisée lors de grands discours.
La langue chinoise est hautement contextuelle et les idéogrammes peuvent avoir des sens très variés en fonction de la situation, mais il est parfois intéressant de se pencher sur les connotations.
Yang Sheng (養生) se compose de deux idéogrammes : « Yang » (養, Yǎng) et « Sheng » (生, Shēng) :

signifie : nourrir, élever, prendre soin, subvenir aux besoins, maintenir, préserver, garder en bon état, éduquer, cultiver.
L’idée générale est une idée de conserver, mais si possible d’améliorer et de raffiner.

signifie : vivre, la vie, espérance de vie, engendrer, se développer, nature, instinct naturel, ainsi que l’idée d’un produit brut. Par exemple, pour dire que de la viande n’est pas cuite on utilisera ce terme.
L’idée générale est une idée de vie, de nature et d’instinct, mais aussi de quelque chose de « brut ».
On traduit généralement Yǎng Shēng par « Nourrir la vie », ce qui est une traduction tout à fait valide. Il me semble néanmoins que les connotations d’affinage et d’éducation, ainsi que d’instinct, méritent qu’on se penche dessus.
Ajoutons donc « Affiner les instincts » en plus de « Nourrir la vie », et ça donnera une bonne idée de la démarche dans laquelle nous nous situons.
Affiner ses instincts est à la fois une condition et une conséquence du développement de l’habileté martiale.