Panorama des pratiques martiales

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Les disciplines de combat se ressemblent pas mal sur un bon nombre d’aspects. C’est normal : le point commun est déjà l’anatomie. Quelle que soit l’époque, quel que soit le pays, on essaye d’atteindre à peu près les mêmes zones, avec à peu près les mêmes armes corporelles.

Il existe cependant des différences. Que ce soit explicité clairement ou non, derrière chaque art martial, on a une logique. Un cahier des charges, pour dire les choses plus simplement : toutes les techniques de combat n’ont pas, historiquement et même de nos jours, les mêmes objectifs.

Plutôt que de faire une liste de chaque style et de ses spécificités, il me paraît intéressant de prendre un peu de hauteur et de simplement faire un tour d’horizon des manières dont les styles appréhendent le combat.

A mon sens on peut séparer les « disciplines martiales » en six catégories (4+2 en fait, comme on va le voir), en fonction du cahier des charges.

Ce sont :

  • Les arts martiaux traditionnels
  • Les sports de combat
  • Les techniques de défense personnelle (« self-defense »)
  • Les techniques d’intervention policière

Ajoutons-en deux, qui à mon sens ne sont pas vraiment martiales mais qu’il serait difficile de passer sous silence :

  • Les disciplines esthétisantes
  • Les disciplines spiritualisantes
3 points importants

Premièrement :

La place dans la classification ne dépend pas tant du nom du style, que de l’approche de l’enseignant. Tout un tas d’écoles enseignent de manière « esthétisante » ou « sportive » des disciplines censées être des arts martiaux traditionnels.

Deuxièmement :

Certaines écoles sont dans des situations intermédiaires, par exemple une école de self-defense qui rajoute un peu de conditionnement physique.

Troisièmement :

Il n’est pas ici question de sagesse traditionnelle ou d’un quelconque enseignement que j’aurais reçu. Cet article est purement un point de vue personnel basé sur mes expériences martiales. Je me réserve le droit de le faire évoluer en fonction des expériences futures.

Cela étant posé, entrons dans le vif du sujet.

Les arts martiaux traditionnels

Principes de base

Les arts martiaux traditionnels (parmi lesquels le Taijiquan, mais aussi le karate-jutsu, un grand nombre de styles de kungfu) comptent sur la forme de corps.

Ils partent du principe qu’un combat est chaotique et imprévisible par nature, donc va revenir à l’essentiel : le corps et l’esprit du pratiquant.

Le but est d’optimiser la vivacité, la puissance et la résilience, que ce soit sur le plan physique, ou le plan mental.

On retrouve cette idée dans les notions de « Trois Coordinations » externes et internes dans le Taijiquan, qui vise cette augmentation de vivacité, puissance, résilience, par la coordination et l’unité de mouvement.

Il existe d’autres manières de procéder, mais, quoiqu’il en soit, dans les arts martiaux traditionnels, la forme de corps précède la technique.

Méthodes d'entraînement

Cela se traduit concrètement par des exercices répétitifs (Ji Ben Gong) destinés à forger le corps. Que ces mouvements s’appellent « des coups de pied jusqu’au mur du fond et retour », ou « les quinze mouvements essentiels du style Chen », la philosophie reste la même : la forme de corps prime sur tout le reste.

Et elle se construit par la répétition de mouvements, visant à rendre instinctifs les principes du style.
L’entraînement est en général physiquement exigeant.

Techniques de combat

Au niveau des techniques, on va généralement rechercher une efficacité martiale maximale et définitive, sans s’encombrer de questions d’honneur ou d’esthétique. Ce qui ouvre également l’option de la fuite : « éliminer la menace », parfois, c’est juste s’en éloigner.

On admet l’idée de l’absence de règles, ce qui signifie qu’on peut être confronté à quelqu’un de plus grand, quelqu’un d’armé, voire plusieurs quelqu’un.

Les sports de combat

Principes de base
Association Yang Sheng Lyon Taijiquan style Chen - Sports de combat

Les sports de combat sont des combats ritualisés permettant de se positionner socialement (pour les personnes intéressées, Henry Plée, expert en karate, avait beaucoup écrit sur le sujet… on n’est pas obligé d’être à 100% d’accord mais certains points de vue sont intéressants).
On y retrouve la boxe française, anglaise, le taekwondo, mais aussi beaucoup « d’arts martiaux traditionnels » devenus sportifs, par la force des choses… et des fédérations.

Le but principal est donc de montrer sa force, sa puissance, sa maîtrise… mais sans se blesser ni blesser l’autre sérieusement.

Ceci est important pour comprendre que les différences entre arts martiaux traditionnels et sports de combat sont plus qu’une querelle de clocher.

De manière générale les règles dans les sports de combat sont diverses et variées mais répondent presque toujours à deux impératifs :

  • Assurer le spectacle (ne pas cesser le combat par exemple…).
  • Eviter les blessures graves (d’où les gants, l’arbitre, et une liste d’endroits à ne pas frapper).

Cette normalisation des règles va très loin et s’appuie sur de nombreux présupposés tacites qui semblent si évidents que le pratiquant n’en a pas forcément conscience.

Citons :

  • L’égalité numérique
  • L’absence d’arme (par nature ou destination)
  • Le terrain normé et régulier (essayez donc d’esquiver un coup de poing sous les lumières stroboscopiques d’une boîte de nuit… c’est déjà différent)
  • Souvent même des catégories d’âge ou de poids
Méthodes d'entraînement

Les méthodes d’entraînement sont, dans un sens, remarquablement similaires aux arts martiaux traditionnels : répétition d’exercices de base, conditionnement physique, travail à deux…

La différence siège plus dans les techniques.

Note : quand je dis « similaires aux arts martiaux traditionnels », je parle surtout des arts martiaux externes. Les arts martiaux internes comme le Taijiquan ont certaines méthodes bien spécifiques. Mais ne compliquons pas trop les choses, ce n’est pas l’objet de l’article.

Techniques de combat
Les techniques sont en général exécutées avec maîtrise et puissance, lorsque les pratiquants sont sérieux. Mais elles visent généralement des zones peu sensibles. Par exemple, un coup de poing qui visera la poitrine au lieu d’un coup de pied qui aurait visé l’entrejambe.

Self-défense

Association-Yangheng-Taijiquan-style-Chen-Lyon-Panorama-des-styles-de-combat-2
Principe de base

La self-defense répond à un cahier des charges radicalement différent.

Le principe est de permettre à des citoyens lambda de pouvoir se défendre sans nécessairement avoir une condition physique extraordinaire, ni être forcément vêtu de façon appropriée.

Ces systèmes fonctionnent en général sur le même modèle que les premiers secours, c’est-à-dire avec des arbres décisionnels les plus épurés possibles, et une réponse-type par situation.

Le système peut fonctionner à condition qu’il n’y ait que peu d’embranchements dans l’arbre décisionnel (sinon le cerveau sera trop lent à trouver la bonne réponse).

Entraînement

En général l’entraînement s’articule autour de ce que nous appellerions en Taijiquan les « applications martiales », le but étant d’élaborer une réponse conditionnée, simple, à la majorité de situations possibles.

Techniques de combat

Au final il n’existe pas vraiment de « technique de combat » à proprement parler. Plutôt un
agrégat de réponses conditionnées.

L’avantage, c’est qu’on peut effectivement conditionner des réponses-types assez vite. L’inconvénient, c’est que l’absence de travail corporel se paiera forcément au niveau du placement, du timing, bref, de tout ce qui fait l’efficacité martiale.
Par ailleurs, les réponses conditionnées induisent des automatismes potentiellement prévisibles.

En revanche, au niveau des dégâts recherchés pour la technique, on est au même niveau que les arts martiaux traditionnels, c’est-à-dire qu’on accepte souvent l’idée d’infliger des dégâts médicalement graves.

Et, comme en arts martiaux traditionnels, on fait passer sa propre protection avant l’envie de blesser autrui.

Technique d'intervention policière

Principe général

Le « cahier des charges » de base est de tomber à plusieurs sur une personne et de l’appréhender, si possible sans dégâts, ou en tout cas pas médicalement significatifs (et, si possible, sans déchirer son uniforme).

On trouve dans cette catégorie des disciplines telles que TIOR (Technique d’Intervention Opérationnelle Rapprochée), mais pas que. On pourrait aussi citer la Togakure-Ryu, une école de ninjutsu dont les membres furent souvent employés comme gardes du corps ou policiers (et qui est aujourd’hui, par l’entremise de son dépositaire actuel, l’école de ninjutsu la plus connue).

Méthodes d'entraînement

Les méthodes d’entraînement sont directement axées sur des situations de combat, mais il faut dire que l’on travaille alors avec des populations (militaires…) censées être déjà physiquement préparées. Ce qui dispense de la phase de conditionnement physique.

On retrouve la notion déjà développée en self-defense de « une technique par situation ». Ce qui, dans le cas du TIOR, semble plus facile à réaliser. Ce pour deux raisons.

Premièrement : on a plus de temps pour réfléchir lorsque l’on est plusieurs.

Deuxièmement : on peut avoir des informations préalables lorsque l’on est appelés pour une intervention, ce qui donne déjà une idée de ce sur quoi on va tomber.

Technique de. combat

Comme dit plus haut, on a la notion de « une technique par situation ». Ajoutons aussi que l’on dispose en général d’un matériel adapté (taser, flashball, bouclier, tonfa…) qui augmente
significativement le nombre d’options tactiques à disposition. Sans compter l’aide potentielle d’animaux.

Penchons-nous maintenant sur deux autres approches inspirées des arts martiaux sans en être vraiment : l’approche « esthétisante » et l’approche « spiritualisante ».

Approche esthétisante

C’est ce qu’on retrouve aujourd’hui dans ce qu’il est maintenant convenu d’appeler le « Wushu moderne ». On parle d’arts martiaux modernes, exclusivement conçus pour la démonstration.

Les mouvements sont amples, explosifs, techniquement difficiles à réaliser. Des juges notent l’exécution.

En bref, on se rapproche de plus en plus, dans les méthodes de notation, de disciplines telles que le patinage artistique ou la natation synchronisée.

En soi, je respecte la performance. Néanmoins, j’estime que l’appellation « art martial » est impropre et devrait être clairement mise de côté.

Approche spiritualisante

Ici, on n’accorde que peu d’importance au geste lui-même. Il est vu comme un moyen comme un autre d’atteindre un épanouissement personnel.

On peut mettre dans ces catégories pas mal d’écoles d’aïkido, ainsi que d’autres techniques comme le kyudo.

L’importance de la notion de « cahier des charges » de la discipline

Pour conclure, je tiens à souligner un point : l’objectif de cet article n’est en aucun cas de « classer » les disciplines ou d’affirmer la préséance de l’une d’entre elles sur les autres.

Mon objectif est ici de souligner que ces techniques différentes n’ont absolument pas les mêmes objectifs et donc ne peuvent pas être comparées dans l’efficacité de l’atteinte de leurs buts.

Je terminerai cet article en disant qu’il est à mon sens important d’avoir conscience du but de notre discipline pour s’assurer qu’il soit congruent avec le nôtre. Cela est du reste aussi valable pour les objectifs de l’enseignant : ils ne sont pas toujours congruents avec l’historique de la discipline. Ce qui est bien normal : on ne demande pas à un enseignant du XXIème siècle de penser comme un samouraï du XVIème.

Encore une fois, la question fondamentale est celle de la correspondance entre ce que vient chercher l’élève, et ce que propose l’enseignement.

Petit tableau récapitulatif

Objectif et philosophie Formation du corps Conditions de mise en pratique Méthode de combat
Art martial traditionnel Se défendre, protéger sa santé et se mettre en sécurité (y compris par la fuite si nécessaire). Cruciale. Exercices de base pratiqués assidûment pour développer les qualités physiques et mentales requises. Contextes variés.
Le terrain peut être irrégulier, les ennemis peuvent être plusieurs, ils peuvent être armés.
Contexte chaotique par définition.
On recherche la simplicité, l’économie, et une efficacité immédiate, totale, si nécessaire définitive.
Néanmoins, la violence n’est qu’un moyen de protéger sa santé, pas une obligation si on a d’autres options.
Sport de combat S’améliorer et se surpasser dans une discipline réglementée, vaincre l’autre dans le respect des règles. Cruciale.
Très similaire à beaucoup d’arts martiaux traditionnels (en tout cas les arts dits « externes »).
Contexte normé et défini par des réglementations.
Équipements de protection, égalité des chances (même format physique, égalité numérique et technologique).
Définie par les règles. En général, elles servent à assurer la sécurité des protagonistes et le spectacle.
Défense personnelle Se défendre et se protéger, en investissant un temps limité dans l’apprentissage et le conditionnement physique :
se défendre est une compétence utile à maîtriser au même titre que les premiers secours ou la conduite automobile.
Quasiment absente. Contextes variés.
Le terrain peut être irrégulier, les ennemis peuvent être plusieurs, ils peuvent être armés.
Contexte chaotique par définition.
On recherche la simplicité, l’économie, et une efficacité immédiate, totale, si nécessaire définitive.
Néanmoins, la violence n’est qu’un moyen de protéger sa santé, pas une obligation si on a d’autres options.
Technique d’intervention policière Appréhender une personne, généralement avec une supériorité numérique et/ou technologique,
tout en limitant les dégâts dans la mesure du possible.
Quasiment absente, mais le public est censé être déjà en condition physique convenable. Contextes variés et chaotiques.
Atouts technologiques, renforts possibles et préparation en amont grâce aux informations disponibles.
Simplicité et efficacité immédiate, en essayant de ne pas trop abîmer la personne appréhendée.

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