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Les méthodes d'entraînement

5 méthodes pour un seul objectif

Notre vision

L'efficacité martiale par la formation progressive du corps

Le Taijiquan est un art martial assez original, pas tant dans ses méthodes de combat que dans sa forme de corps.

Ici une petite parenthèse. Quand on regarde les arts martiaux, on se rend compte que les techniques se ressemblent beaucoup. C’est assez normal. L’anatomie humaine n’ayant pas beaucoup évolué ces derniers siècles, on a à peu près la même arme (un corps humain) pour frapper à peu près la même cible (un autre corps humain). Et ce, quelle que soit l’origine géographique et l’époque.

Sans compter que les arts martiaux s’influencent entre eux (à l’origine, pas mal de choses viennent d’Inde). Les différences entre les arts martiaux tiennent beaucoup plus aux principes de mouvement, qu’aux techniques à proprement parler.

Et, sur la question des principes de mouvement, le Taijiquan est l’art martial le plus riche qu’il m’ait été donné d’approcher. Cela implique une approche assez intéressante de l’entraînement, pour construire pas à pas une efficacité martiale.

une progression logique et structurée

Les différents types d'entraînement
du Taijiquan

Di Yi Lu

La forme lente -Pilier de l'entraînement
La Di Yi Lu permet de former le corps, ce qui en fait le pilier central de l'entraînement. Applications martiales, Tuishou, Sanshou, forme explosive, n'ont aucune valeur si elles ne sont pas adossées à une formation sérieuse du corps. Et cette formation est obtenue via la pratique de la Di Yi Lu.

Di Er Lu / Paochui

Le Poing Canon - La force explosive
On dit que, dans la Di Yi Lu, « le corps entraîne la main », alors que, dans la Paochui, c'est la main qui entraîne le corps. La Paochui sert donc à développer une force explosive et une capacité immédiate à frapper.

Tuishou

La poussée des mains - Le pont vers le combat
Le Tuishou, ou « poussée des mains », est un exercice qui se pratique à deux, et constitue la porte d'entrée dans le travail martial à proprement parler. Le but est de travailler une « séquence-type » comprenant l'ensemble des frappes, parades et saisies possibles.

Sanshou

La dispersion des mains - Le combat libre
Le Sanshou, ou « dispersion des mains », c'est tout simplement le combat libre. La différence majeure avec le Tuishou, c'est qu'on démarre sans contact physique préalable. Il s'agit d'un pur travail de réflexe mettant en œuvre tout ce qu'on travaille depuis le début.

Armes

Hallebarde, Lance, Shuang Jian
Le Taijiquan comporte plusieurs enchaînements d'armes. Les mêmes principes s'appliquent dans tout le Taijiquan, qu'il s'agisse d'une arme, des mains nues ou du Tuishou. Les armes sont d'excellents « amplificateurs d'erreurs » qui améliorent considérablement la pratique.

Applications martiales

Comprendre les techniques de combat
Les Taolus sont basiquement des « compilations » de techniques de combat, c'est une de leurs raisons d'être. Les applications martiales permettent de donner du sens aux mouvements pratiqués dans les enchaînements et de comprendre leur logique martiale.

Ce qu'il faut retenir

Globalement, ce qu’il faut retenir, c’est que le cœur de la pratique, c’est la formation du corps, à savoir mettre en place une structure corporelle et des instincts de combat efficaces.

Après quoi, par paliers successifs, on va travailler de plus en plus proche de la situation martiale, mais toujours à partir de cette forme de corps de départ.

On peut comparer ça à de la chimie, finalement : on extrait un minerai, on le raffine, on extrait du métal qu’on forge en lame, puis on apprend à s’en servir. Mais la base, ça reste une grosse quantité de minerai.

Il faut aussi retenir… que tout ça est franchement très bien fichu. Plus je progresse et plus ce fait m’apparaît clairement. La pédagogie traditionnelle est très bien pensée et, si j’ai fait le choix de m’en écarter un peu sur la forme, j’en valide totalement le fond.

Di Yi Lu

La Di Yi Lu, ou « Premier Enchaînement » est une suite de 75 mouvements à pratiquer. Ce qui peut paraître beaucoup, mais en réalité, la plupart des mouvements ne sont que des variantes des quelques premiers. De sorte que, traditionnellement, on passe beaucoup de temps à pratiquer les premiers, avant d’aller assez vite sur les derniers.

En pratique on considère que les 15 premiers mouvements sont les mouvements essentiels. Dans la réalité, on peut même se faire une bonne idée du niveau d’un pratiquant simplement
en l’observant exécuter les deux premiers mouvements.

La Di Yi Lu se pratique lentement. Elle n’est pas « martiale » en soi, mais forge et affûte le corps pour la pratique martiale. Elle est l’épine dorsale de l’entraînement en Taijiquan, ce qui permet de constituer la forme de corps.

On peut, très schématiquement, la pratiquer de façon « externe » (en insistant sur les positions, la posture, les coordinations externes) ou « interne » (en insistant sur le travail de proprioception interne).

Di Er Lu / Paochui

La Di Er Lu, ou « Deuxième Enchaînement », est aussi communément appelée « Paochui » ce qui signifie « Poing Canon ».

On dit que, dans la Di Yi Lu, « le corps entraîne la main », alors que, dans la Paochui, c’est la main qui entraîne le corps. La Paochui sert donc à développer une force explosive et une capacité immédiate à frapper.

Mais cela n’a de sens que si le corps est déjà formé pour développer une réelle force explosive, ce qui est justement la raison pour laquelle la Di Yi Lu est l’épine dorsale de l’entraînement.

La Paochui se caractérise par des frappes sèches et « sans recul », des déplacements vifs, et des enchaînements répétitifs de frappes avec de légères variations.

Tuishou

Le Tuishou est un travail semi-coopératif, à deux, permettant de donner les bons réflexes.
Il démarre avec un contact des mains, et il en existe plusieurs variantes, des plus « contraintes » (en ne travaillant qu’un seul côté et sans bouger les pieds) aux plus libres (avec techniques et déplacements libres).

Le Tuishou est ce qui fait le « pont » entre le travail corporel démarré avec les Taolus et les armes, et le combat.

On dit traditionnellement qu’il faudrait faire « cent jours de Tuishou » avant d’être autorisé à montrer ce qu’on fait à l’extérieur de l’école… La logique étant notamment de ne plus pouvoir être frappé.
En pratique, je ne connais personne qui ait réalisé ces cent jours d’affilée… mais nous allons tenter de nous en approcher.
Notons aussi que « cent » est un chiffre facilement employé pour dire « beaucoup », et « dix mille » pour « vraiment beaucoup beaucoup », en Chine. Ce chiffre n’est donc peut-être pas à prendre au pied de la lettre.

Panshou

Le Sanshou (散手) ou « Dispersion des Mains » est le combat libre, sans contact préalable ni aspect semi-coopératif. Le principe est d’apprendre à « rentrer » sur l’ennemi en toutes situations. On y retrouve aussi pas mal de projections.

Pour être tout à fait honnête, la création de cette association a en partie pour but la création d’un groupe de pratiquants capables de travailler régulièrement ce domaine. Néanmoins, si tout le monde peut faire « du combat libre » (càd taper sur son voisin en essayant d’éviter qu’il ne nous rende la pareille), le faire avec les principes de travail du Taijiquan est tout à fait différent. Cela requiert la transformation du corps initiée dans les stades précédents.

Avant d’arriver à ce stade, il faut pas mal d’entraînement, notamment au niveau de la Di Yi Lu. Je vous ai dit que la Di Yi Lu était l’épine dorsale de l’entraînement ?

Armes

Le Taijiquan comporte plusieurs enchaînements d’armes. Liste non exhaustive : un sabre, deux sabres, épée, shuang jian (des espèces de masses en fer), hallebarde, lance, bâton…
On pourrait se dire qu’il n’y a pas grand intérêt à apprendre, mettons, la hallebarde, vu qu’on a rarement l’occasion d’en dégainer une de sa poche en cas d’agression. C’est méconnaître l’intérêt qu’il y a à varier les approches.

D’abord, les mêmes principes s’appliquent dans tout le Taijiquan, qu’il s’agisse d’une arme, des mains nues ou du Tuishou. Encore une fois, rappelons que le Taijiquan est une façon de bouger avant d’être une compilation de techniques.

Le travail des armes a plusieurs avantages :

  • Améliorer la condition physique (je ne rentrerai pas dans les détails ici, mais on pourrait partir du terme « objets déraisonnablement lourds à faire bouger en utilisant tout votre corps » et développer).
  • Mettre en exergue des points techniques : il est facile de « sentir que son omoplate tourne » en faisant la forme. Mais la pratique des armes ne tolère pas l’erreur et oblige à vraiment maîtriser le principe en question. Les armes sont d’excellents « capteurs d’erreurs ».
  • Travailler de manière différente : il finit toujours par arriver un moment où l’on stagne dans sa pratique. Changer d’axe de travail permet souvent de « débloquer » la progression.

Voilà pourquoi j’estime que la pratique des armes mérite d’être étudiée. Nous enseignons les armes suivantes : lance, hallebarde, shuang jian.

A noter que tous les maîtres ne pratiquent pas toutes les armes : il vaut mieux en pratiquer quelques-unes correctement, plutôt que beaucoup, de manière creuse. Comme dans beaucoup de domaines, il faut trouver un juste milieu entre l’hyper-spécialisation et la dispersion.

Applications martiales

Un mot sur les applications martiales. Les Taolus sont basiquement des « compilations » de techniques de combat, c’est une de leurs raisons d’être. Pourtant, dans l’enseignement traditionnel, on est parfois surpris du peu de temps consacré à la démonstration de ces applications. Plus encore, de ce que j’ai pu voir, montrer de nombreuses applications différentes peut être une stratégie assez efficace pour un maître qui veut « enseigner » mais sans montrer franchement de choses valables.

Est-ce à dire que les applications martiales ne servent à rien ? Assurément pas. Il faut cependant les relativiser.

Les applications martiales n’ont en aucun cas vocation à être employées telles quelles dans un véritable combat comme on peut parfois (souvent) le voir sur Internet ou dans certains clubs.
Soyons logiques. Le laps de temps nécessaire pour aller chercher dans votre « catalogue interne » laquelle des 18 clés de bras est appropriée pour l’attaque qui se profile est tout simplement plus long que le laps de temps nécessaire pour le
poing/coude/couteau/tournevis/caillou (biffer les mentions inutiles) ennemi pour vous atteindre.

La raison d’être des applications martiales est donc plus pédagogique. Voyons ça comme un exercice de maths. On explique à un enfant le principe de l’addition. Une fois le principe expliqué, on veut à la fois vérifier qu’il a effectivement compris, et également permettre « d’ancrer » l’apprentissage. Donc on lui donne 2 ou 3 autres additions à réaliser. Cela permet de faire des aller-retours entre la règle générale et l’application concrète.

Les applications martiales sont à mon sens plus à voir sous ce spectre-là. A ce moment, si on s’attache non pas à la technique mais à ce qu’on en apprend, les applications peuvent être très riches et instructives.