L’échauffement est généralement vu comme un préambule indispensable à toute
pratique sportive.
Quelle que soit la discipline sportive, un élève instructeur, qui présenterait à son
examen une séance dépourvue d’échauffement verrait sans doute son avenir
professionnel s’assombrir brusquement.
Pourtant… l’aspect indispensable d’un échauffement n’a rien d’une évidence.
Et pour être très clair, je n’ai jamais vu d’échauffement en Chine en Taijiquan.
Je suis bien conscient que cette phrase peut choquer : je développe.
Pourquoi s'échauffe-t-on ?
Certaines choses semblent si évidentes que nous les faisons sans y penser un seul
instant. Penchons-nous un moment sur la question. Quel est le but d’un
échauffement ? A mon sens, il est double.
Le but d’un échauffement est double :
- Eviter les blessures
- Améliorer la performance
Éviter les blessures
On parle ici principalement des blessures liées à la sur-utilisation brutale du corps.
Notamment :
- Blessures articulaires (entorses, problèmes de ménisques…)
- Blessures musculaires (au premier chef, le fameux claquage)
Améliorer la performance
Le but de l’échauffement est aussi de gagner en souplesse, en puissance, en
coordination.
Est-ce que tout ça fonctionne ?
Hé bien… déjà, ce n’est pas si simple d’être affirmatif sur le sujet.
Globalement, oui, l’échauffement semble permettre :
- Un échauffement général du corps
- Une baisse des frottements dans les articulations (limitant les risques de
blessures) - Un réveil proprioceptif limitant les risques de blessures
- Une meilleure coordination
- Une amélioration de la force
- Une amélioration de la souplesse
Tout ça est très bien. Présenté comme ça, ça paraît malin de s’échauffer. (Et par
déduction, ça paraît idiot de ne pas le faire).
Ce dont on n’est pas certain, c’est que ce soit un type d’échauffement par rapport à
un autre qui permette ce résultat.
Les différents types d'échauffement
Grosso modo il y a deux types d’échauffement : général, et spécifique.
Échauffement général
On cherche à faire monter le corps en régime, sans trop se préoccuper de la
discipline. A ce stade, à la limite, pratiquants de karate, de football et de danse
classique peuvent s’échauffer ensemble.
Échauffement spécifique
Là, on va chercher des gestes techniques propres à la discipline. Et là, on a deux
options, qui sont tout à fait compatibles entre elles :
- Soit on travaille les muscles et articulations en fonction de la discipline, mais pas forcément tout à fait avec les mêmes gestes. Par exemple : faire des moulinets des bras pour quelqu’un qui fait du tir à l’arc.
- Soit on travaille directement avec les gestes techniques de la discipline. Par exemple : tirer à l’arc, mais en commençant avec un arc un peu léger, ou alors en se mettant plus près de la cible pour ne pas avoir besoin de bander l’arme à fond.
Donc, tout le monde est d’accord sur l’idée qu’il faut s’échauffer, d’une manière ou d’une autre. La vraie question, c’est comment ?
Comment ça se passe en Taijiquan ?
En Taijiquan, en Occident, quasiment tous les clubs proposent un échauffement. En général on part d’un échauffement global (tourner la tête, bouger les chevilles), puis on fait un entraînement basé sur quelques gestes avant de faire l’enchaînement complet.
En Chine (je parle traditionnellement, pas du Taijiquan en club dans les parcs), les pratiquants démarrent directement par le taolu.
Ils ne pratiquent pas bas, ni large… pas au début. Mais on démarre immédiatement dans le vif du sujet.
En bref, c’est un échauffement des plus spécifiques.
Au fil de la séance, les positions s’élargissent naturellement, au fur et à mesure que le corps chauffe. Bref, la frontière entre l’échauffement et le reste de la séance est si floue qu’elle en est inexistante.
On peut critiquer. Mais ça fonctionne. Je ne dis pas que les autres méthodes ne marchent pas, mais je n’ai pas l’impression qu’elles marchent mieux. Donc, autant entrer directement dans le vif du sujet.
Comment ça se passe en Taijiquan ?
On va profiter de ça pour aborder la question de la pédagogie. Traditionnellement, l’enseignement est très individualisé (la pédagogie « à la chinoise » est assez particulière pour les occidentaux, il faut s’habituer).
Il est très rare que l’on voie dix élèves faire la même chose en même temps, et c’est une logique que j’ai reprise à mon compte.
Donc, en pratique, voilà comment les choses se passent.
- L’élève arrive et commence à s’entraîner, en général avec la Di Yi Lu. Il est aussi possible d’utiliser une arme, mais dans ce cas, elle doit être légère.
- En fonction du ressenti, des défauts qui apparaissent, de l’axe de travail, soit on continue la Di Yi Lu, soit on passe sur une autre activité (travail à deux, armes…).
J’aimerais bien faire un point 3, mais en réalité, ce n’est pas plus compliqué que ça. Il y a déjà assez de complexité dans le Taijiquan pour ne pas en rajouter là où on n’en a pas besoin.




